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Retour sur l’histoire de l’entreprise Eicifa

En 1872, Rudolf Eichenberger, qui, depuis 1864, dirigeait à Burg la future «Burger Söhne AG» avec Rudolf Burger, fonde dans la ville voisine de Menziken la fabrique de cigares «Cigarrenfabrik Eichenberger & Cie» en partenariat avec Johann Eichenberger. L’entreprise n’allait pas tarder à employer 70 personnes.

En 1922, il décide de vendre ses produits directement depuis la fabrique, non seulement pour maintenir les prix au plus bas, mais aussi et surtout pour avoir un contact direct avec la clientèle et ainsi pouvoir répondre idéalement à ses souhaits.

En 1943, Oskar, le fils de Rudolf Eichenberger, reprend l’entreprise, qu’il mène sur le chemin du succès avec sa femme, Edith Eichenberger, qu’il épouse en 1962.
La stratégie de la vente directe s’impose. Après la 2e Guerre mondiale, l’entreprise compte 10 000 clients. Elle fait aujourd’hui partie des rares entreprises suisses de la filière du tabac qui ont perduré sur le marché.                                                                      

Si les cigares ne sont plus fabriqués à Menziken, leur vente s’effectue toujours en exclusivité depuis le siège. L’établissement d’une relation étroite avec le client continue de faire le succès de l’entreprise. Renommée Eicifa (= Eichenberger – Cigarrenfabrik), elle est désormais dirigée par Edith Eichenberger et ses deux filles, Jacqueline et Caroline, une exception dans l’industrie du tabac, où les hommes sont très largement ajoritaires.     

                                                                                                                       

Fondation: 1872
Siège: Menziken AG
Marque principale: Eicifa (= Eichenberger Cigarrenfabrik)

 

       

Un peu d’histoire suisse

Aux XIXe et XXe siècles, quelque trois cent fabriques de cigares ont ouvert puis fermé leurs portes en Suisse. Si elles étaient réparties dans plusieurs régions (cantons de Vaud et du Tessin, p. ex.), la plus grande concentration se trouvait en Argovie, dans la région délimitée par le Wynental et le Seetal.

Au milieu du XIXe siècle, alors que le secteur du coton est en déclin, l’industrie du tabac connaît un essor fulgurant. En 1857, on dénombre 15 manufactures de tabac dans le canton. Ensemble, elles transforment pas moins de 340 tonnes de tabac brut par an. Avec 1400 employés, Argovie devient le deuxième centre de production de Suisse après la région Bienne/Seeland/Vaud. A la fin du XIXe siècle, le canton regroupe même la moitié des fabriques de tabac du pays.

Outre les cigares à bout tourné classiques, les fabriques suisses produisent depuis 1850 environ ce que l’on considère comme le produit de tabac helvétique par excellence et le cigare de l’homme du peuple: le «bout» (en allemand «Stumpe»). Le bout a été décrit dans un guide allemand sur les cigares paru récemment comme «le cigare des Confédérés». Ses caractéristiques: une cape solide, des tabacs du Kentucky, de Java, du Brésil ou de Suisse, un arôme puissant mais pas trop, aromatique et épicé.

Le «pays du cigare» (l’arrière-pays lucernois et le sud de l’Argovie) a connu l’essor puis le déclin de l’industrie du tabac.

Les exportations, qui s’envolent après la 1re Guerre mondiale, chutent dès 1920 avec l’augmentation de la concurrence étrangère. De plus en plus de produits finis sont importés et la pression fiscale en Suisse s’accroît.

Alors que dans la plupart des secteurs, la mécanisation était déjà en cours depuis des décennies, la transformation du tabac reste majoritairement manuelle jusqu’au milieu du XXe siècle.
Cela s’explique notamment par le fait que les machines nécessaires pour la fabrication des cigares sont taxées au point que leur utilisation n’est pas rentable. Il faut attendre les années 1950 pour que la fabrication mécanisée s’impose. On commence par acheter des machines à rouler, puis dans les années 1960 des machines à caper.

Malgré d’importantes mesures de rationalisation, le déclin progressif de la branche est en marche. La belle époque est révolue.

      

L’industrie des cigares se voit concurrencée de plus en plus par l’industrie des cigarettes, qui connaît une expansion fulgurante durant la 1re Guerre mondiale. Ces produits, qui séduisent avant tout une clientèle jeune, semblent être dans l’air du temps. Des entreprises ferment, d’autres sont rachetées ou fusionnent.

Dans les années 1920, l’industrie des cigares lance une grande campagne avec pour slogan «Sois un homme, fume des bouts et des cigares!»

Les producteurs argoviens qui ont réussi à traverser les époques sont Burger Söhne AG à Burg, Villiger Söhne AG à Pfeffikon, et une poignée d’entreprises de plus petite taille telles que Eicifa Eichenberger & Cie à Menziken.


       

 

 



INFO:
Ouvert en 2000, le musée du tabac et du cigare décrit les diverses étapes de la fabrication d’un cigare, du plant de
tabac au produit fini, et présente un historique du tabac, plus particulièrement de l’industrie du tabac dans le Wynental et le Seetal.